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dimanche 2 octobre 2016

Le pont de Nfo’o Nong à Baleveng

 Lorsqu’il descendit du bus qu’il prit à Dschang et qui se dirigeait vers Mbouda, Messa Mo’oh  laissait des voyageurs qui allaient à Mbouda pour les uns et à Bafoussam pour les autres. Descendu du bus, il était devant le dispensaire Saint Kisito. En face, de l’autre côté de la route, il y avait une boutique. On pouvait s’y approvisionner en toute sorte de denrées. C’était bien parce qu’il était au carrefour Fogah.
Il fit quelques achats, du pain en bonne quantité. Il demanda son chemin au Boutiquier. Il voulait aller à Tchouetouh mais devait s’arrêter à Mengnhè (Mingné) pour voir un ami.
Vois-tu, lui dit le Boutiquier. Prends la rue qui monte vers la Mission Protestante. Juste à cent ou deux cents mètres, tu as la route qui va à Tchouétouh. Avant, tu vas traverser la rivière Nkoh Sohk, tu vas monter la côte des soghk, et une fois au sommet, ne prends pas la route qui va à Ndzag mais celle qui te dirigera vers Mengnhè. D’ailleurs il y a une petite plaque qui indique la direction de l’Ecole publique de Mngnhè (Mingné). 
Tu vas descendre vers la rivière Nfo’o Nong. Quand tu auras franchi le pont, tu suivras la route jusqu’à Mèh Kem Tsoboug, Chef-lieu et centre du quartier. L’école sera un peu plus haut et toujours sur la route vers Tchouétouh.
Le pont de Fo’o Nong a une histoire que peu des gens connaissent mais qui est enfouie dans les mémoires des plus anciens. Nfo’o Non c’est en premier lieu un grand lieu dans la spiritualité des habitants de la contrée. C’est un sanctuaire, le lieu de vie d’une divinité dans la mythologie Baleveng. Un temple est érigé non loin du cours d’eau qui porte le nom de Ndou Nfo’o Nong. Le temple que nous avons vu dans notre enfance quand accompagné des parents nous allions au marché du centre Baleveng était couvert de paille, chaume du pays. Devant le temple il y a une cours toujours propre où avait lieu les cérémonies. Tout autour du temple, il y a un bois que nous appelions forêt de Nfo’o Non.  La portion de route qui descend jusqu’à la rivière a toujours été bien entretenue et jamais, je ne l’ai vue dégradée.
Le Pont, était comme partout fait de bambou raphia. Dans les années 1957-1959, lorsque Papa Tayo Joseph apporta une cargaison des tôles et des chevrons pour faire les toits des maisons qu’il construisait chez lui à Mengnhè, il dût les déposer chez MenKem à Ndzag de l’autre côté de la rivière. Il fallut mobiliser les écoliers de Ndzag  et les familles de Mengnhè pour transporter cette cargaison à Mengnhè. Papa Tayo joseph regretta l’absence d’une route pratique qui eût pu permettre au camion de venir déposer les tôles à la maison. Dans les mêmes années, Nkem Tsoboug, notable et prince-régnant de Mengnhè, Officier de Police de profession, était propriétaire d’un camion et lors de ses vacances résolut de faire construire un pont sur la rivière Nfo’o Nong pour permettre aux voitures d'aller  jusqu’à Mengnhè.
Il sensibilisa les notables voisins dont la route Mengnhè-Nkoh Sohk traversait le territoire sur la nécessité de faire une route praticable par les automobiles et mobilisa les hommes et les femmes de Mengnhè pour donner au chemin le gabarit d’une route et le premier pont à Ndou Nfo’o Nong fut construit en 1958-1959. C’était un pont en bois. Le camion pouvait venir jusqu’à Mengnhè. Dans la même période, Moh Kemtio, le Prince-régnant de Mengnhè-Kemtio traça la route Mengnhè-Ndzag. Le camion pouvait emprunter cette route et traverser la rivière Nfo’o Kezang grâce à un ingénieux ajustement des pierres.  Le pont sur de Fo’o Kezang sera construit que vers les années 1970-1980. Lors de la guerre d’indépendance, de fin 1959 à 1962, le pont de Nfo’o Nong ne servit plus aux voitures et se dégrada. Il sera reconstruit sous la houlette de Moh Kemtio comme le fut celui de  Nkoh Sohk. Il est vrai Monsieur Jean Toko, connu aussi sous le nom Kemzang Fokoh réhabilitera le pont de Nkoh Sohk lorsqu’il reprendra la construction de la route qui va de Ndzem tôh Kemzang Fokoh à Suèh-Lahk ou Baleveng centre.
Aujourd’hui, Mengnhè qui se souci du pont de Nfo’o Nong a remarqué la dégradation de cet ouvrage. S’il devient impraticable, il isolera Mengnhè et les populations desservies par la route Nkoh Sohk-Tchouétouh par Mengnhè. Aussi, le Comité de développement de Mengnhè a saisi les autorités de Nkong Néh (Kong-Ni).  
Messa Mo’oh, après avoir écouté les indications du Boutiquier qu’on nomme Mo’oh Sa’ah, s’engagea dans la rue qui conduit à l’école Protestante du Centre et à quelque cent ou deux cents mètres prit à gauche la route qui le conduira à Tchouétouh en passant par l’école publique de Mengnhè. Lorsqu’il traversa le pont de Fo’o Nong, il ne pouvait dire l’histoire de cet ouvrage entouré par une végétation exubérante et surtout des palmiers raphia dont le rôle dans les arts architecturaux et culturels a toujours été primordial. Vous aussi, quand vous traverserez le pont de Nfo’o Nong, demandez-vous quelle est son histoire et le rôle que les populations de cette partie de Baleveng jouèrent pour qu’il fût.
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