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mardi 10 février 2015

Boko Haram ou l’instrument d’une politique Nigériane de domination régionale

Le Nigeria n’a pas renoncé à imposer sa suprématie sur ses voisins et à l’égard du Cameroun, à développer une politique d’harcèlement et de conquête territoriale continue. Après ses échecs à Bakassi et sur les territoires camerounais du bord du lac Tchad, il a trouvé en Boko Haram l’instrument d’une nouvelle politique. Aujourd’hui, il est moins direct dans sa politique d’influence et n’attaque plus de front. Le Cameroun, après la démission du Nigeria qui le laisse face à Boko Haram, tente de contrer cette politique d’influence, et contre ce cynisme, organise la contre-attaque. Il convient de dire un mot du cynisme nigérian (Part : I) avant de dire un autre de la réplique camerounaise (Part : II)

I - Une philosophie politique d’influence

Le Nigeria, face à la crainte des pays voisins, de l’UA, des autres puissances y compris les grandes, reste stoïque, et aux tentatives d’envahissement du territoire camerounais, invoque le droit de poursuite sur le territoire camerounais que lui refuserait le gouvernement de ce pays pour ne pas agir contre Boko Haram. La passivité et l’incapacité supposées ou avérées du Nigeria relèvent du cynisme nigérian, une philosophie soutenue par une stratégie bien pensée.

A - Le cynisme nigérian

L’Etat Fédéral du Nigeria est un pays fier qui veut influencer ses voisins et leur ôter des territoires. Il sait qu’il ne peut violer la loi internationale après sa tentative de Bakassi au Cameroun et sur le territoire camerounais de la région du Lac Tchad ;  il sait qu’il doit surtout éliminer le Cameroun dans la concurrence inter-états qui a lieu dans les régions du Golfe de Guinée, d’Afrique centrale, de l’Afrique de l’ouest, du bassin du Lac Tchad voire en Afrique tout simplement.
Pour ne pas se mettre négativement à dos le droit international, le Nigeria a choisi le cynisme. Face aux philosophiques politiques traditionnels mobilisant des processus relationnels longs et des techniques d’approche codées des relations inter-états, le Nigeria a choisi le cynisme qui offre « la voie la plus courte vers la vertu de puissance».
Pour le cynisme nigérian, le simple fait de survivre dans la honte de Boko Haram, une sorte de dénuement, lui permet de devenir plus influent, plus conquérant et donc, capable de dicter sa volonté aux autres nations et puissances de son environ immédiat et d’au-delà. Pour cela, il exporte ses populations par le jeu de la terreur dont Boko Haram est l’instrument. Il n'a pas, pour avoir cette capacité, besoin de mobiliser un grand savoir, de sa propre puissance militaire et des investissements humains et matériels.
La force de Boko Haram, son allié et surtout son instrument suffit. Pour être certain de réussir, le Nigeria déploie des techniques supplémentaires et nécessaires, voire de stratégie d’occupation ombrageuses que reprouverait la communauté internationale et la rectitude. Mais, comme dans le cas du cynisme politique le ridicule c’est l’échec, et qu’il faut tenir pour peu la réprobation le pays n’a pas honte de l’utilisation d’un mouvement insurrectionnel pour faire la guerre à ses voisins. Il suffit, pour gagner, de bien manœuvrer et c’est ce qu’a fait jusqu’à présent l’Etat Fédéral du Nigeria avec succès. L’occupation des territoires des voisins n’est pas militaire. Elle procède d’une stratégie servie par des hordes combattantes qui crée un peuple de réfugiés pour désorganiser les sociétés des pays voisins.

B – Une stratégie bien pensée

Beaucoup voit en son abandon à Boko Haram des territoires et le refus de son armée de combattre comme une faiblesse. Il n’en est rien à bien y regarder. Bien plus qu’une philosophie politique, c’est une stratégie bien pensée et rigoureusement appliquée.

1- Une stratégie bien pensée

Le Nigeria a décidé d’utiliser Boko Haram comme instrument d’influence et de conquête territoriale. Comme instrument d’influence, il a laissé Boko Haram proliféré et lui a cédé par des victoires militaires concédées à la secte des territoires du Nord de l’Etat Fédéral, des armes et un équipement militaire conséquent et des bases militaires. La seconde chose a consisté à chasser du territoire nigérian, des populations entières, obligeant ses voisins à les accueillir et à l’opinion internationale à se manifester.
Il a choisi de faire la guerre au Cameroun en retirant ses troupes et son administration des villes voisines du Cameroun. Il a laissé attaquer le Cameroun par la secte Boko Haram et interdit au Cameroun de poursuivre les combattants de Bokoram sur le territoire concédés par l’Etat fédéral du Nigeria à Boko Haram. C’est une protection assurée à cet ennemi.
Sur le plan rhétorique, même les discours qui accompagnent l’attitude du Nigeria ajoutent à la surprise de tous, une incompréhension totale. Comment un grand Etat comme le Nigeria ; un pays qui voudrait être un membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies peut-il agir de la sorte contre sa population et contre ses voisins en laissant une secte occuper une partie de son territoire et, en toute indépendance, s’attaquer aux Etats voisin ?

2- Une stratégie rigoureusement appliquée.

Lorsqu’on lui propose des solutions efficaces, il laisse entendre qu’on n’a pas besoin de lui ; que Boko Haram est nigérian mais est surtout, qu’il est le problème des autres. Lorsque le Cameroun lui demande de combattre Boko Haram efficacement, il lui laisse comprendre qu’il défend bien son territoire, mais chez Boko Haram son protégé est sur son territoire ; que le Cameroun n’a pas besoin du Nigeria pour être tranquille chez lui et donc, qu’il se défende contre Boko Haram sans jamais poursuivre celui-ci dans les territoires du Nord. Pour mieux isoler le Cameroun et lui imputer la faute de l’existence de Boko Haram, il accepte l’aide du Bénin, du Nigeria, du Tchad et de la France et leur accorde le droit de venir combattre Boko Haram s’ils le peuvent, se constituant ainsi un front anti Camerounais.
Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas seulement du Bassin du Lac Tchad mais d’une stratégie qui vise son environnement immédiat et surtout du Golfe de Guinée où il voudra marginaliser la présence Camerounaise, mais aussi toute l’Afrique noire.
Les dirigeants nigérians,  philosophes de l'école cynique se refusent toujours aux grands discours sur le cas Boko Haram et préfèrent les vérités sibyllines et ironiques, brandissent l'efficacité au quotidien de Boko Haram sur le champ de batailles, sa capacité à conquérir et à occuper les territoires sur les pays voisins avec les réfugié car ici, les réfugiés sont une arme et demain, le pouvoir nigérian exigera d’aller y protéger ses ressortissants comme il le fit à Bakassi et sur les rives du lac Tchad. C’est là, la preuve par le fait et non par la parole. En d’autres termes, la vérité éthique, démontrée par l'expérience de l’influence actuelle du Nigeria dans le Bassin du Lac Tchad, ne relève pas des vérités théoriques résultant de systèmes complexes de la guerre d’influence et d’occupation territoriale comme on en connaît partout dans le monde mais, du cynisme.
La philosophie cynique du Nigeria (et c’est très bien menée par ses gouvernants) a pour but une nouvelle sagesse, une nouvelle éthique de vie parmi les nations du Bassin du Lac Tchad et du Golfe de Guinée. Dans cette nouvelle manière d’imposer sa présence aux autres et chez les autres, aucun discours n'a de valeur, et aucune étude voire aucun savoir n’est nécessaire. Faire de sa construction le malheur et donc le problème de ses voisins et du monde, se trouve être une vertu qui s'enseigne. Dans la stratégie nigériane actuelle d’influence et de conquête, seules comptent la sagesse et la vertu, double finalité de la philosophie cynique. Si le Nigeria atteignait Une cette vertu, le dirigeant qui a mis en place cette politique d’influence et de conquête peut, en digne philosophe se féliciter et du coup, considérer son pays le Nigeria comme Etat libre et dominant.

II - L’instrument de mise en œuvre

Pour cela, la mise en œuvre du cynisme nigérian a pour instrument Boko Haram (A) et la manifestation la plus plausible, sont les crimes les plus odieux (B).

A - Boko Haram, instrument de mise en œuvre

Sur le plan pratique, ce qui importe dans la stratégie nigériane d’influence voire de domination, c’est de voir combien l’Etat fédéral du Nigeria utilise à l’intérieur comme à l’extérieur la transgression et l’affront mis en œuvre dans le quotidien le plus infime et qui caractérise alors sa gouvernance et ses relations avec les autres Etats de la région. En transgressant tous les interdits, l’Etat cynique veut démontrer qu'aucune des règles de la vie sociale interne et internationale n'est essentielle et que seule sa liberté, sa domination de son environnement vital importe.
Pour y parvenir, il dispose d’un instrument : Boko Haram. Boko Haram, groupe sunnite pour la prédication et le djihad, est un mouvement salafiste djihadiste du nord-est du Nigeria. Il a pour objectif d'appliquer la charia dans l'ensemble du pays. Fondé par Mohamed Yusuf en 2002 à Maiduguri, le mouvement est aujourd’hui classé comme organisation terroriste par les Nations Unies.
Sur le plan idéologique, bien que revendiquant à son origine une filiation avec l'islamisme salafiste et les talibans afghans, Boko Haram est fréquemment qualifié de secte, le groupe tient à la fois de la secte et du mouvement social. Dès ses débuts, il est sectaire de par son intransigeance religieuse, son culte du chef, ses techniques d’endoctrinement, son intolérance à l’égard des autres musulmans et son fonctionnement en vase clos. Sa doctrine ne semble pas correspondre au modèle wahhabite. La sienne recourt à l’endoctrinement et à la magie. Il est aujourd’hui plus un mouvement insurrectionnel islamiste  qu’une secte et donc un allié pour un Etat qui tient à l’unité de son territoire et à sa forme fédérale. Que Boko Haram crée un khalifat sans mettre en cause l’unité territoriale du Nigeria n’est pas gênant pour les autorités nigérianes. Ils le disent volontiers lorsqu’elles affirment que « l'intégrité territoriale du Nigeria reste intacte » malgré la présence de soldats étrangers sur son sol.

B - Et la manifestation les crimes les plus odieux

Si l’armée nigériane sous sa forme conventionnelle ne peut faire la guerre contre le Cameroun sans soulever la réprobation internationale, Boko Haram le peut et l’Etat Fédéral du Nigeria sait qu’en utilisant ce mouvement insurrectionnel, on n’y verrait que les agissements d’un mouvement hors la loi.
La manifestation de la conquête nigériane, ce sont les enlèvements à l’intérieur et à l’extérieur du Nigeria ; les agressions contre les Etats voisins,  Le procédé d’influence psychologique se base sur des attentats, égorgement, le transfert des populations par un processus de chasse qui pousse les populations à fuir dans les Etats voisins, en prévision des futures négociations sur la protection, le retour des réfugiés au Nigeria ou leur maintien dans les territoires d’accueil.

Mais, est-ce à dire que la Fédération du Nigeria a gagné en respectabilité et que, à terme, elle étendra son pouvoir de domination en Afrique noire et que le Cameroun aura été battu ? Le comportement nigérian par rapport à Boko Haram a enclenché la révolte à l’intérieur, chez les voisins et ailleurs dans le monde. Le Cameroun comme ses voisins sont partis du respect du voisin nigérian à la contre-attaque contre une manière de faire qui oblige le Nigeria à reconnaître les limites de l’utilisation de Boko Haram comme instrument d’une politique de suprématie. C’est donc la réfutation de la philosophie du cynisme qui a commencé d’où la réplique camerounaise que nous traitons en part II à suivre. 

Daniel Tongning
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