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mardi 11 mars 2014

« La débrouille au quotidien » ou le modèle informel d'inclusion sociale des personnes en situation de pauvreté

E  A  P  N
Projet « cinquième rencontres des personnes en situation de pauvreté »
12 et 13 mai 2006
_______

Cadre méthodologique :
Contribution à la formulation d'un cadre théorique
Réunions du 02 mars 2006, 30 mars 2006 et 04 avril 2006.

« La débrouille au quotidien » ou  le modèle informel d'inclusion sociale
des personnes en situation de pauvreté 

Par

Daniel TONGNING
(Sociologue, Référent social à la résidence Albin Peyron, 75020 Paris)


La question de la pauvreté a pris, avec les difficultés d’insertion des personnes exclues de la société et des immigrés, une ampleur sociopolitique. C’est un phénomène qui n’est pas propre à la France. Il concerne toute la société européenne. La pauvreté n’est pas seulement le désargentement d’une population donnée. Elle est une situation où l’argent, le revenu plus exactement, n’est qu’un des aspects. Elle est économique certes, mais aussi sociale, sanitaire et culturelle. Les institutions y font face de manière peu efficace lorsqu’elles ne l’aggravent pas par leur comportement ou leur mode de fonctionnement. La détresse du pauvre puis, sa volonté de reprendre sa place, n’est pas comprise et sa démarche est souvent mise en échec, lui interdisant ainsi une réhabilitation.
Que l’Europe cherche à savoir comment dans une situation de pauvreté « on se débrouille au quotidien » n’est pas étonnant. Sa démarche confirme l’existence d’un problème et la volonté de le cerner pour ensuite envisager des solutions. Il s’agit aujourd’hui d’une question sociale qui n’est pas reconnue dans ses fondements et ses méthodes de résolution. C’est normal qu’on s’étonne, se demande comment dans une société développée et riche de surcroît, les personnes en situation de pauvreté se débrouillent au quotidien. Ce questionnement est intéressant. Mais, il ne doit pas faire oublier la question qui est au commencement de la débrouille : « Comment devient-on pauvre ?». On est donc en présence de la problématique de la débrouille au quotidien.
Elle peut s’énoncer ainsi : existe-t-il, pour les personnes en situation de pauvreté, des problèmes spécifiques d'inclusion sociale du seul fait qu’elles sont pauvres et sans domicile, qu’elles sont des exclus sociaux ?  Quels sont ces problèmes et en quels termes se posent-ils ? Mais, avant d’aller plus avant, il nous faut dire ce qu’est « la débrouille ».

Qu’est-ce que « la débrouille » ?

Lors de la réunion préparatoire des 5èmes rencontres du 2 mars 2006 tenue à l’UNIOPSS à Paris, le terme débrouille a été contesté dès le début des débats. On lui reprochait son caractère dévalorisant. On a proposé de lui substituer une autre expression : « faire face ». On pourrait continuer. Pourquoi pas « prendre ses responsabilités » ou « se battre » ? Je suis d’autant plus libre à défendre le terme « la débrouille » pour avoir, dès 1983 participé à la mise en application des premières actions d’intervention d’urgence au Palais du Peuple et à la conception, sous la direction du Directeur, le Major UEBEL, les premiers instruments d’évaluation, non seulement de ce type d’action mais, aussi, de l’action d’insertion du centre d’hébergement et de réinsertion qu’était devenu entre temps le Palais du Peuple. Aujourd’hui, parce que travaillant dans un hôtel social (un autre type d’instrument d’insertion par le logement à la méthodologie spécifique), je comprends, sinon mesure mieux la différence entre se débrouiller et faire face.

L’expression se débrouiller a, bien entendu, quelque chose de dévalorisant.  Il signifie selon le dictionnaire Le Robert, se tirer d’affaire ; sans assistance extérieure donc. La personne en situation de pauvreté est généralement dans cette situation et, dans son combat, elle semble abandonnée à elle-même. La problématique de la débrouille devient alors une question fondamentale à deux titres. Faire face d'abord, c’est réagir efficacement en présence des difficultés. Dans ce cas, on oppose au problème, non seulement une résistance mais encore, une réponse, une solution. Vu ainsi, la réponse suppose l’existence de moyens déployés ou à déployer. Il s’agit de ne pas se laisser déborder. Ensuite, dans la débrouille, on est dans une situation où l’action n’est plus la maîtrise par avance de l’ensemble des moyens nécessaires à la résolution des problèmes d’insertion ou, si l’on veut, l’exercice d’une responsabilité et donc, de faire face. Il s’agit au contraire d’improviser, de créer et donc, d’inventer les techniques et moyens pour avancer, car en situation de pauvreté sociale on a perdu cette capacité de faire naturellement face aux problèmes, aux obligations et donc, de maîtriser son destin. Les personnes en situation de pauvreté doivent alors, par la débrouille, chercher à se tirer coûte que coûte d’embarras, en mobilisant, non pas des moyens mais des trésors d'habiletés voire même un peu de «provocation» pour maîtriser des situations généralement confuses, parce que trop compliquées, en développant des stratégies inédites qui tiennent davantage à l’aptitude à …, qu’à une démarche organisée. Il en est ainsi parce qu’il s’agit de vivre et de créer sans intervention extérieure les conditions d’une meilleure situation, au jour le jour, et non de planifier par période mensuelle, trimestrielle ou annuelle le déroulement de la vie. On a alors en toile de fond, l’absence de politique adaptée, d’une démarche reconnue aboutissant à des solutions, mais en présence d’un modèle de résolution des problèmes liés à la situation de pauvreté initié par ceux-là même dont c’est la situation, une situation et une démarche qui méritent d’être connues. La débrouille est à la fois situation et action qui doit, à mon avis, constituer un sujet de réflexion, de recherche et de résolution des problèmes.  L’expression « comment on se débrouille » doit, à mon avis, être maintenue.
Ainsi nous pouvons dire que la débrouille est la simple reconnaissance du fait d’être pauvre et exclu, et l’acceptation de ce fait, de son destin d’exclu, de son histoire et de sa valeur.
    Objectivement la débrouille est un fait social : une culture de la rue. C’est l’ensemble des valeurs financières et politiques, intellectuelles et morales, techniques (artistiques) et sociales qui se rattachent à la situation des populations qui souffrent partout dans le monde. Ici, je parle des populations en situation de pauvreté en France qui, chaque jour bâtit inconsciemment le modèle de culture de la débrouille, élabore des stratégies et des techniques de survie qu’historiens et spécialistes des sciences humaines, critiques de modèles théoriques d’insertion, doivent découvrir.
    Subjectivement, la débrouille  c’est l’acceptation, de ce fait, de la culture et sa projection, en prospective dans l’histoire à continuer, dans la civilisation de la rue, de la pauvreté et donc, à faire connaître. C’est en somme, la tâche que s’est fixée l’Europe et pour laquelle les Cinquièmes Rencontres servent de laboratoire de recherche qui doit apporter la contribution des personnes en situation de pauvreté à la civilisation européenne.

Il est donc entendu que, dans le présent exposé, l’expression la débrouille vise une dimension conceptuelle dans son acceptation la plus générale englobant ainsi tous les vocables relatifs à l’inclusion : insertion, réinsertion etc. La distinction entre se débrouiller et faire face, par-delà les expressions, est née de plusieurs raisons, qui touchent au fond des choses : à la problématique de la débrouille.

Existe-t-il, pour les personnes en situation de pauvreté, des problèmes spécifiques du seul fait qu’elles sont pauvres, sans domicile et exclues de la société ?

Le témoignage que nous avons eu (j’ai oublié le nom de la dame, qu’elle m’excuse) en début de séance montre qu’il existe, pour les personnes en situation de pauvreté, des problèmes spécifiques du seul fait qu’elles sont pauvres, et appartiennent à la catégorie des exclus, par opposition aux personnes qui vivent en famille, ont un logement et du travail, et peuvent  accéder facilement à tous les droits. Le problème est : comment arrive-t-on à la situation de pauvreté.
En effet, il est montré par les différents témoignages quon devient pauvre lorsqu’un jour, à la suite d’un divorce /et ou d’un autre problème, on ne perd pas seulement sa dignité, l’amour des siens et des tiers mais aussi son logement, puis son travail ; lorsque, malade, on ne peut plus reprendre son travail ; lorsque l’immigré dont la situation s’est modifiée, n’a plus le droit de travailler. La liste des situations n’est pas exhaustive.
En somme, on devient pauvre par un processus de perte des fondamentaux de la reconnaissance sociale qui sont aussi ceux de l’existence sociale que le processus d’inclusion cherche à restaurer. La restauration ne peut être réussie que si les causes de la pauvreté sont identifiées.
A l’issu de la discussion générale, la situation de pauvreté apparaît comme la traduction vivante de la perte des droits : il s’agit d’abord de ceux attachés à la famille, au logement, à l’autorisation de séjour, à l’emploi et aux revenus. A la perte de ces droits, il faut ajouter ceux liés à l’accès au transport, à la culture,  à la santé.
La conséquence immédiate est que, socialement, la personne ainsi appauvrie sombre dans l’agonie (emportée par le processus d’exclusion) puis, dans la déchéance (perte de la dignité et des droits). Désormais pauvre, elle a honte d’être ; d’être sans famille et sans domicile fixe ; d’être étranger. Elle perd la considération des siens d’abord (le témoignage a indirectement rappelé qu’à la suite du divorce, le conjoint qui part du domicile ne bénéficie d’aucune mesure de sauvegarde), des services sociaux (qui sont plus que exigeants et manquent un peu d’humanité, par la pratique de certains de ses travailleurs sociaux), des institutions à l'exemple de la police (qui ne prend pas toujours la plainte d’une personne en situation de pauvreté lorsqu’elle veut défendre un droit). Pour garder ce qui reste en lui de dignité et de liberté, la personne en situation de pauvreté se retire de la société : c’est la mort sociale.

La mort sociale, c’est la perte des relations avec les institutions et à travers elles, avec la société qui ne comprend pas la détresse des personnes en situations de pauvreté. Là où l’éthique exige que la société s’occupe des pauvres et de la pauvreté, les institutions et les travailleurs sociaux dans leurs pratiques leur opposent les droits : parce qu’on est dans un Etat de droit, seuls ceux qui peuvent « prouver que…» ont « le droit de … ». Pour le pauvre, l’accès aux droits devient problématique pour accéder au logement, à l’emploi et aux revenus d'une part, à la santé, au transport et à la culture d'autre part. Que d’obstacles or, tous ces droits forment le socle sacré de l’existence sociale des personnes, alors que les obstacles à leur accès forment celui de l’appauvrissement social. Comment exister lorsqu’au nom de la loi ces droits sont enlevés aux personnes sans mesure de sauvegarde sociale ?

C’est donc ce constat qui est fait, et les personnes en situation de pauvreté, qui doivent vivre au jour le jour, se demande avec justesse si la société comprend leur détresse ; si elle est mieux informée de leur situation et si la presse, un des grands pouvoirs, véhicule une information exacte sur leur situation, et sur leur comportement lorsque, incompris, certains SDF refusent d'aller dans les centres d'hébergement d'urgence. Elles questionnent aussi sur le « comment trouver » un logement et sur le « pourquoi ne pouvons-nous pas comme tout le monde » y avoir un accès facilité et, puisqu’on invoque la quantité de revenu pour « nous refuser l’accès au logement », peut-on pourvoir chacun des revenus conséquents ? Comme la discussion l'a montré, l’absence de travail et du logement, la base d’une reconnaissance sociale peut-elle autoriser l’accès à d'autres comme le droit à la culture ?

Se battre devient ce qu’on a appelé « se débrouiller au quotidien ». S’armer de la « rage de vaincre ». C’est une démarche pour la défense de la dignité, la reconnaissance de ses droits, ou tout simplement la lutte pour l’inclusion sociale : pour l'existence sociale. Il existe donc pour les personnes en situation de pauvreté des problèmes spécifiques du fait qu'elles sont pauvres.

Quels sont ces problèmes et en quels termes se posent-ils ?

Concrètement c'est, en premier lieu, celui de leur reconnaissance sociale et, en second lieu, l'acceptation de la débrouille comme stratégie de reconquête de leur place dans le corps social et donc de leur accès aux droits.

A - C'est un problème de reconnaissance sociale

Reconnaître socialement la personne en situation de pauvreté, c'est lui donner un statut social. C'est reconnaître qu'elle « travaille » pour exister par opposition aux personnes qui vivent en famille, ont du travail, et ont  un accès facile à tous les droits et qui ne perçoivent pas le problème de la pauvreté dans sa traduction par la débrouille et alors, plus nanties et n’étant pas dans le besoin, ne considèrent pas la débrouille dans ses principes comme une démarche d’inclusion sociale. Or, se débrouiller au quotidien, c'est développer une  stratégie de reconnaissance  dans la quête à l'existence. C’est créer, développer la créativité dans la recherche des moyens nécessaires à la reconstruction des liens sociaux. Dans cette démarche, la débrouille est créative et, par une technique où l'habileté joue un rôle, le pauvre essaye de se sortir de l’embarras. C'est une technique qui développe un « savoir faire » ou un « savoir être ».
1 - D'abord, « le savoir-faire ». Dans le cadre des discussions on a constaté que, dans tout parcours d'inclusion où la débrouille est conçue comme instrument, les personnes en situation de pauvreté développent un « savoir faire » pour franchir les obstacles divers et obtenir des services nécessaires à leur existence et bien-être. Ces discussions ont aussi montré que, lorsque le « savoir-faire » n'est plus opérant, le « savoir-être » conduira au conflit avec certaines institutions (police, services sociaux etc.) et avec certaines pratiques des travailleurs sociaux qui, loin d'accéder favorablement aux sollicitations des usagers, multiplient aux contraire des obstacles à l'accès à la compréhension et aux droits. Ces institutions et services sociaux, invoquant le respect des lois, des règlements et des pratiques, contrarient les personnes en situation de pauvreté par des refus d'intervenir ou d'agir. C’est un comportement qui écorne l'aspect éthique qui, dans l'intervention sociale, est alors occulté et crée des incompréhensions chez les personnes en situation de pauvreté.

Dans le concret, la lutte contre les agressions /et ou la recherche de la compréhension de « l’autre », contre le sentiment d’injustice / et ou la meilleur perception de leur situation par les administrations, les travailleurs sociaux etc., tout comme la recherche du travail /et ou la lutte contre les obstacles à l’accès à l’emploi, au logement et aux soins médicaux, entrent dans le lot quotidien des problèmes que doivent surmonter par la débrouille les personnes en situation de pauvreté.
2 – La lutte pour l’inclusion ensuite, développe une stratégie, met en application une méthode : celle de la débrouille. A ce propos, les discussions ont montré deux formes de débrouille: la débrouille accompagnée ou formelle pratiquée dans les Centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) et la débrouille non accompagnée, action individuelle ou débrouille informelle.
Dans les CHRS, et selon les témoignages des personnes en situation de pauvreté accueillies dans ceux de la Fondation Armée du Salut, l'accompagnement est conçu pour une meilleure insertion. Les Usagers n'avaient d'autres préoccupations que la réussite de leurs projets. Ceci est vrai pour tous les CHRS car, le modèle d'inclusion qui y est utilisé est très officiel. Lors du forum tenu à l'Université de Dauphine le 16 février 2006 sur : « les Technologies de l’information et de la communication dans les parcours d’insertion : quelle valeur ajoutée », ce modèle a été présenté à côté d'autres qui, tous, entraient dans la catégorie de modèle formel. Dans une étude collective intitulée Autonomiser en accompagnant : Le chemin de la recréation du lien social, B.Dodman, G.Kid Bouchard, A. Mareuge et D.Tongning (Sciences Po, 2004) montraient que l'accompagnement dans les CHRS développait un modèle de construction du lien social. Comme telle, cette construction induisait des «indicateurs d'autonomie», des «indicateurs d'insertion», des «techniques d'accompagnement», le principe des actions de «savoir-vivre» et de formation. Nous dirons de « savoir-faire».
Par rapport à ce modèle, la démarche de la débrouille est aussi une construction que l'improvisation qui la caractérise interdit de voir. Comme le modèle d'insertion accompagnée ou formel, la débrouille, modèle d'inclusion informelle développé par des personnes vivant en situation de pauvreté, vise également la construction du lien social. Comme l'ont démontré les discussions, ces personnes vivent dans des squats, un habitat non reconnu qui, en conséquence, ne donne pas  droit à l'aide. En qualité de travailleurs sociaux, nous connaissons par expérience, des personnes qui habitent provisoirement en hôtel, et qui éprouvent les mêmes difficultés d’insertion. A cette catégorie, mentionnons les populations reçues dans les hôtels sociaux. 
Dans les hôtels sociaux, par exemple ceux de la Fondation Armée du Salut, le résident peut bénéficier d’un accompagnement spécifique en vue d’une insertion complète. Ce type de structure est moins connu et moins mis en avant car, on y reçoit des personnes qui ont atteint un niveau d’autonomie appréciable, résultat d'un processus d'inclusion qui reste inachevé. Cette situation classe ses bénéficiaires parmi les « favorisés »; ceux qui n'ont plus besoin d'aide alors que leur préoccupation reste l'accès au logement. Si, comme c'est souvent le cas, le besoin immédiat est de bénéficier d'un hébergement à long terme pour « travailler », les questions d’accès au logement, ou pour assurer la transition entre deux situations en cours de résolution, ou encore pour bénéficier d'un conseil dans la résolution des questions soulevées par les problématiques sociales diverses, la préoccupation majeure reste l'accès à la dignité, aux droits et donc à l'inclusion.
C'est la débrouille informelle qui caractérise le mieux la situation de pauvreté et des personnes en situation de pauvreté. Mais, elle donne aussi une idée de la démarche d'inclusion fondée sur un modèle de construction que l'on cherche par ces rencontres à mettre à jour. La débrouille comme situation révèle les difficultés de vivre et, comme modèle d'inclusion, interpelle, pose la question de sa reconnaissance, de son rôle dans la construction du lien social, et de celui du groupe des populations qui porte la débrouille d'une part, et la met en oeuvre d'autre part.

B –En second lieu, ce sont des  problèmes politiques et éthiques

Politiquement donc, les problèmes se posent en termes d’acceptation de la situation de pauvreté, de la validation de la débrouille comme une quête de reconnaissance sociale, du droit à l’inclusion sociale, et comme une demande des solutions politiques. Ils se posent ensuite en termes éthiques et exigent des pratiques qui visent à donner du sens à la vie des demandeurs que l'éthique fasse partie de la pratique d'accueil des institutions et des intervenants sociaux, et fasse de la débrouille une démarche d’inclusion sociale reconnue qui, à ce titre, doit être approfondie et soutenue. Pour qu’il en soit ainsi, des solutions politiques doivent être arrêtées et mises en œuvre pour favoriser la recherche et des solutions pratiques.
Or donc, le premier problème est que les institutions sont en rupture avec le monde des personnes en situation de pauvreté. C’est un divorce entre le droit et la réalité sociale. Il est vécu avec acuité dans « la débrouille quotidienne » par les personnes en situation de pauvreté. C'est aussi un divorce entre les individus et les institutions politiques, administratives et sociales qui engendrent une relation vécue en «groupe social défavorisé » et individuellement comme une grande frustration. Comment expliquer cela ?

On sait que les cadres administratif et juridique ont leur raison d’être mais, le bon sens, dans une situation de rupture avec la société doit prévaloir, tant juridiquement que dans la pratique de l’inclusion sociale. On doit alors insister sur l’aspect humain lors de  l’accueil, de l’écoute et pendant le traitement des causes de la pauvreté.

Alors, reconnaître les personnes en situation de pauvreté impose nécessairement de voir dans « la débrouille » une démarche qui pointe les insuffisances du système social et le rend inapte à inclure les exclus. Améliorer les pratiques et faire de la reconnaissance à la dignité des personnes en quête de l'inclusion par la débrouille un devoir devient une responsabilité politique  et une éthique nécessaire au fonctionnement de la société. Alors, faire des obstacles à l’accès aux droits des problèmes  à résoudre de suite devient une priorité politique.
Il ne peut en être ainsi que si cette priorité devient l’œuvre de politiques arrêtées, mises en oeuvre et servies par des pratiques qui sachent reconnaître et restituer à toute personne en situation de pauvreté les droits perdus. L’appareil juridique, administratif ou social, lorsqu’il applique des droits qui font obstacle à l’inclusion, doit  favoriser l’éthique et donc une démarche qui donne à la situation du pauvre un sens.

En conclusion :

Il ressort de l’ensemble que les personnes en situation de pauvreté n’ont pas attendu les pouvoirs publics pour penser leur situation et travailler à se construire un modèle d’inclusion social à côté des modèles officiels que sont l’insertion, la réinsertion en cours dans les organismes sociaux d’insertion et dont la débrouille a à prendre et apprendre. Mais, les pauvres et tous ceux qui les aident, doivent penser et agir par eux-mêmes et pour eux-mêmes, en personnes en situation de pauvreté pour ne pas perdre de vue l’objectif d’inclusion. Seuls ceux qui seront présents pour accepter ce modèle de construction d’un lien social rompu, qui croient avoir un message et qui, consciemment, veulent répandre ce message, contribueront à améliorer le système social.
C’est donc ici que la débrouille comme sujet, rejoint la débrouille comme l'objet qui situe les principes de l'activité de la débrouille des personnes en situation de pauvreté. La démarche induit un modèle qui manque de cadre conceptuel. Il convient de le lui en donner. Le problème est donc de rechercher en premier lieu les causes qui conduisent à la pauvreté (celles qui sont à l’origine de la situation de pauvreté) puis, se demander, non pas comment « on se débrouille au quotidien » mais, pourquoi la société, ses institutions et ses entreprises (privés ou publiques) ne peuvent reconnaître, non la détresse des pauvres mais leur situation et favoriser la débrouille comme démarche d’inclusion. Il faut en suite se demander si la société est prête maintenant à reconnaître le pauvre et à supprimer les obstacles à son inclusion dans le corps social.
  

Bibliographies

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