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lundi 24 juin 2013

Pius NJAWE est Mort: Mais que nous apprend sa mort?

Pius Njawé était un journaliste militant pour les droits de l'homme, la liberté de la presse et l’alternance politique au Cameroun. En 1979 il fonde le journal «Le Messager » et y travaillait comme directeur général. Le 10 juillet 2010, pour son journal, il était aux Etats-Unis où il participait à une rencontre des personnalités camerounaise, des forces de l'opposition camerounaise, de la diaspora camerounaise et de la presse pour débattre de l'alternance au sommet de l’Etat camerounais en 2011. Le 12 juillet 2010, il y meurt dans un accident de la route.
Pius Njawé, tout le monde le dit, était un combattant qui a connu plusieurs fois la prison. Mais, sûr de la justesse de son combat, il a continué à dénoncer la situation critique du journalisme indépendant au Cameroun. C’est un humaniste, un démocrate et patriote qui disparaît à un moment historique de la nation camerounaise. Sa mort touche ; particulièrement sa famille ; son journal et la famille journalistique au Cameroun et l’Etat du Cameroun. Que dit-on de cet homme ? Pourquoi est-il mort et que peut sa mort apprendre au Cameroun ? Pour qui roulait-il en définitive ?
Que dit-on de cet homme, peut-on se demander. Pius Njawé, il faut le redire, était un journaliste camerounais, fondateur du quotidien Le Messager, un des pionniers de la presse indépendante au Cameroun. C’était un journaliste de talent, iconoclaste, que l’on peut qualifier de pionnier de liberté de la presse au Cameroun, concède Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, dans son hommage au talent de Pius Njawé. Il était, dit un de ses confrères, comme une espèce de flèche sur un arc ; un homme à objectifs précis, objectifs qu’il cherchait à atteindre. C’était un homme de conviction et de principe : On peut le lui accorder cela. Il défendait une cause ; une juste cause : il se battait pour la liberté d’expression et ne souffrait pas que cette expression fût bridée au Cameroun, pays qui se devait d’être un leader en la matière en Afrique. Ça donne une idée de celle que Pius Njawé se faisait de son pays le Cameroun, et de la place qu’il espérait pour lui au sein des nations libres. Il se battait parce qu’il aimait son pays et sa profession.
Comme pour lui et pour tant d’autres, le Cameroun devrait être une grande démocratie, un pays de liberté. Pour cela, son combat n’a pas pu profiter à lui et au développement de son journal mais c’est une bonne chose qu’il ait au moins profité au monde de la presse camerounaise, et à l’exposition du Cameroun qui doit désormais revoir sa gestion de la liberté d’expression. C’est pour cela que Pius Njawé était aux Etats-Unis, avec d’autres, pour réfléchir au Cameroun de demain.
Ces autres, les forces de l’opposition comme disait la presse, c’était, à bien regarder, les médias, la société civile et l’opposition camerounaise, venus aux Etats-Unis à la rencontre de la diaspora camerounaise de Washington. Le but de la rencontre, apprenait-on, était de « fédérer leurs forces pour les prochaines élections présidentielles de 2011. » Les invités, entre autres étaient : Pius Njawé, Dr. Fomunyoh, Dr. Adamu Ndam Njoya, Célestin Bedzigui, Maitre Bernard Muna, Le journaliste Ndzana Sémé, le Capitaine Guerandi Mbara, le Dr. Hameni Bieleu, le « père des villes mortes » Mboua Massok, Eugene Nyambal, économiste à la Banque Mondiale, Marcel Simé, le représentant de l’UPC et du Code USA, Eric Tagne, le représentant de la plate forme de la société civile camerounaise à Washington DC, les représentants du SCNC, les ONG, les médias tels jeunes Afrique et Vox Genesis. 
N’est-il pas souhaitable que les gens qui aiment leur pays et veulent le meilleur avenir pour lui se rencontre et de préférence dans la liberté ? Pius est mort au moment où il participait à ce type de rencontre dans le cadre de son combat pour la liberté d’expression. Si non, comment pouvait-il en être ?
Pourquoi est-il mort ? Cette question, on se doit de la poser. Le Cameroun peut être fier de voir ses enfants se réunir pour une analyse critique de sa gouvernance des affaires de leur pays; d’avoir la volonté et des élans de démocrates qui cherchent à «apporter une réponse au cercle vicieux de la politique (…) par un cercle vertueux ». Dire qu’un cercle est vicieux et en appeler à un qui soit vertueux, n’est-ce pas un sujet de débat démocratique ? N’est-ce pas apporter un autre angle de la perception et de la résolution des problématiques ? Le parti gouvernant et son opposition au Cameroun ne sont-ils pas les deux bras de la démocratie camerounaise ? Et la démocratie peut-elle « grimper au manguier avec un seul bras » ? 
Si la démocratie camerounaise permettait la tenue de telles rencontres dans ses villes, Pius Njawé ne serait peut-être pas mort. Mais sa mort, désormais, permet au Cameroun de réfléchir sur sa pratique démocratique, lui donne le moyen de reconsidérer dans une réflexion approfondie le rôle de son opposition démocratique dans la construction de la nation camerounaise.
Les réactions à la mort de Pius Njawé sont à cela instructives : Si, cet intervenant, réagissant à la mort de Pius peut dire que « le Cameroun vient de perdre un monument, un pionnier de la liberté qui a préféré qu'on le prive de tout, sauf la liberté d'expression des Camerounais ; que c’est un homme qui a refusé de vendre son âme au diable pour avoir de quoi manger (…); que le Cameroun, l'Afrique et le monde entier ne t’oubliera pas grand frère (Pius Njawé), on peut comprendre l’importance du combat, et pourquoi il est mort en allant aux Etats-Unis débattre de l’avenir. Pius Njawé serait encore vivant peut-être, si le fonctionnement démocratique permettait à de telles rencontres de se tenir sur la terre camerounaise. Or donc, plus que cette mort, c’est l’enseignement qu’elle livre ou, du moins, ce qu’elle peut apprendre au Cameroun
Que peut apprendre cette mort au Cameroun en effet ? Lorsqu’un des intervenant dans sa réaction dise « qu’on a tendance a croire que ceux qui veulent du bien pour l'humanité ne dure jamais sur cette terre et Pius était l'un de ceux là pour les camerounais, c’est reconnaître la justesse de son combat et craindre le vide mais, dire en même temps « je crois que les autorités camerounaises vont se frotter les mains et dire merci a Dieu.. », c’est avouer que son combat n’était pas apprécié par les autorités et considérer l’horizon bouché pour les libertés, pour la bonne gouvernance et l’alternance au Cameroun parce que, comme beaucoup, il ne croit pas que la majorité gouvernante au Cameroun saura prendre la mesure du combat, évoluer et accepter le fait démocratique, voire organiser une juste expression de la démocratie au Cameroun.
Il ya cependant de l’espoir, nous croyons les Camerounais de tout bord capables de changer positivement leur pays. Nous allons croire que chaque Camerounais au Cameroun est libre, digne et patriote. La mort de Pius Njawé a lieu à un moment historique de la nation camerounaise : Le pays fête le cinquantenaire de sa réunification dans la liberté. Il commence son second demi-siècle, et la rencontre de Washington marque pour le Cameroun une nouvelle ère démocratique, du moins, il faut la considérer ainsi car, il faudra désormais changer de manière de raisonner pour mieux travailler à l’évolution institutionnelle qui permettra une activité saine des différents pouvoirs. A l’opposition d’abord, elle impose une participation effective au fonctionnement démocratique dans une organisation en rang serré et œuvrant dans le même sens, digne, réunifiée et non dispersée par les égoïsmes de toutes sortes. A la majorité au pouvoir l’acceptation, l’intégration du fait démocratique dans sa pratique du pouvoir, et sa participation dans une organisation des pouvoirs qui exclut toute sorte de confiscation. A la presse de faire son métier librement dans un cadre reconnu, libéré de toute tracasserie. C’est l’espoir qu’avait Pius Njawé, la volonté qu’il avait de donner aux Camerounais, en participant à un débat sur l’avenir, le moyen d’une évolution constructive. Dit ainsi, d’aucuns peuvent en douter. 
Pour qui roulait-il en définitive ? La mort de Pius Njawé a lieu pendant son combat pour son pays, et il faut refuser qu’on le classe dans un camp comme dans l’autre si ce n’est celui du Cameroun. Sa mort interpelle les dirigeants et leur demande pourquoi organiser une rencontre de l’opposition a Washington et non pas dans une ville du Cameroun. Mboua MASSOK, le « père des villes mortes », trouve la raison dans le fait que, «Les Camerounais ont mis leurs têtes dans leurs ventres. » C’est dire qu’ils ont peur. Le Cameroun est un grand pays, ses fils ne devraient pas avoir peur lorsqu’ils discutent du devenir de la nation et de la bonne gestion de l’Etat. Les idées des Camerounais ne doivent-elles pas profiter au Cameroun ?
La mort de Pius nous enseigne qu’il participait à une convention favorisant la volonté de communiquer ; afin de populariser le mouvement et les idées, de collecter des fonds afin de soutenir le combat au pays pour la liberté d’expression et démocratique, de repérer et d’unifier les intelligences et les compétences camerounaises partout où elles sont. Ce qui va dans la résolution des problématiques du combat pour la liberté d’expression pour lequel Pius est mort. 
Le choix de Washington, est en cela une symbolique de la libre expression et le choix du pays d’OBAMA », celle de l’alternance au pouvoir. Pius Njawé n’aurait jamais été aux Etats-Unis si ça n’avait pas été un pays de la libre expression. C’est à New York qu’un autre Camerounais célèbre défendit pour la première fois la Cause du Cameroun et son droit d’être réuni avant l’indépendance devant la Commission de décolonisation des Nations unies. 
La mort de Pius, un homme d’objectifs nous apprend également qu’il était là parce que l’objectif de la rencontre était « de se réorganiser pour la résistance ». Pius Njawé du journal « Messager » y aurait dit que, pour ce combat, « la diaspora c’est le pouvoir économique. Et cette guerre (pour la liberté) nous devons la gagner. » Il y croyait et avec lui, Adamu Ndam Njoya qui rappela que « c’était aussi unir l’extérieur et l’intérieur et que la Convention de Washington, marquait la naissance d’un certain
«Dynamisme complétif entre les trois acteurs que sont : les partis d’opposition, la société civile et les médias ». La mort de Pius nous apprend aussi que la convention, posait, en quelque sorte, la problématique de la réorganisation des forces politiques, de la presse et de la liberté d’expression. Là, la question du droit de vote des Camerounais de l’étranger se posait alors comme un défi pour la diaspora qui réclame le droit de vote et l’exercice de tous ses droits. Et, surtout, pour les gouvernants qui ne doivent pas ignorer les gens et enfants de la diaspora camerounaise, lorsqu’on sait que chaque pays au monde, compte sur ses enfants de l’extérieur pour revigorer sa puissance. Pius Njawé était donc dans son combat, et sa mort est loin de l’éteindre, elle l’amplifie.
Que retenir sinon que Pius Njawé n’est plus et qu’on ne le verra plus ? Mais, il y aura toujours en ceux qui combattent comme lui pour la liberté d’expression, la démocratie et le droit de l’homme, des Pius Njawé. Le Cameroun ne peut se réjouir de sa mort mais, doit regretter qu’un de ses fils qui jusqu'à présent a lutté pour la démocratie expressive, ne soit plus. Pius Njawé est mort mais, les idées qu’il portait ne sont pas mortes, et ce que nous enseigne sa mort, doit inciter les uns et les autres à réfléchir sur l’avènement d’un nouveau Cameroun à construire, au début de ce second demi-siècle de sa vie d’Etat libre et indépendant. C’est ainsi que les Camerounais, leur presse, leurs forces politiques et leur Etat bien organisés, donneront raison au combat de Pius pour être avec lui dans l’histoire des grandes nations. 


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Publié sur facebook par Daniel Tongning (Articles), jeudi 15 juillet 2010, 20:20




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