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lundi 26 mars 2012

"Changer le Cameroun par la philosophie"

Changer le Cameroun par la philosophie, c’est l’ambition du blog dédié à la philosophie camerounaise. Nous avons lu avec intérêt son article intitulé Madame Françoise Foning, Bertrand Teyou et les séquences machiavéliques. L’auteur soulève une importante question conceptuelle. Si la tâche de la philosophie camerounaise est sociale et qu’il faille trouver des concepts philosophiques par lesquels « nous pourrions construire un projet de société pouvant rendre le Cameroun émergent à l'horizon 2035 », il faut alors revenir à la pertinence des philosophies politiques d'hier et d'aujourd'hui et s’interroger sur celle qui, demain, conviendrait au projet social au Cameroun.
Je ne viens pas proposer un concept mais, dois dire combien la « notion de séquence machiavélique lion-renard-lion » a réveillé en moi un souvenir : Celui de la bonne gouvernance du « Bon prince qui doit être à la fois lion et renard ». Pour comprendre l’article, ce souvenir me recommandait de revenir sur la stratégie du lion et du renard dans la gestion politique de la société camerounaise. Ce souvenir, le voici:
Les armoiries de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Sciences Po. Paris) affichent en leur centre, le lion et le renard, debout et face à face, mais dans un équilibre des postures étonnant. : La ruse du renard et la force du lion, deux "attitudes, deux manières" qui, en principe s'opposent mais qui, dans la stratégie politique du prince doivent être combinées pour obtenir au profit de la nation le plus grand bien. Était-ce une pure coquetterie dans l’intention des fondateurs de cette auguste institution ? Je ne pense pas. Ils voulaient, à mon avis, donner une idée de la capacité qu'aura l'homme après sa formation au numéro 27, rue Saint Guillaume et appelé à s’occuper des affaires de la vie et du monde qu'il intégrerait ou aura en charge: Un Bon prince, à la fois fort comme le lion et rusé comme le renard.
Un prince fort dans la bonne protection de son pays et de ses intérêts, et comme un pays est toujours la proie des forces internes et externes, et que la force (puissance et force de dissuasion) seule ne suffira pas, devra être rusé comme le renard dans sa gestion de toutes les situations et de tous les intérêts jusqu'aux plus contradictoires. Je me suis, à propos de ce symbole, souvent demandé, alors que j’étais étudiant de cette auguste maison, si mes condisciples de l'époque et peut-être ceux qui y sont aujourd'hui portaient assez attention à ce symbole lorsqu'ils franchissaient le seuil du 27 rue saint Guillaume à Paris et où, un endroit, « La péniche» les réunissait ou les conduisait vers les salles et les amphithéâtres.
En lisant "Philosophie Camerounaise", je me suis rappelé ce que je disais, lors d’une de nos conférences matinales, lorsqu’un ou deux des nôtres se livraient à un exercice: la revue de presse, écoutée religieusement puis commentée ou discutée avec un sérieux tranché (forte pensée) mais courtois (ruse de diplomate): Au détour d’une remarque d’un camarade qui voyait dans ce symbole l'expression des dictatures réunies en touillant tranquillement son café qui fumait dans un gobelet plastic, je disais combien significatif était l’intelligence des fondateurs qui choisirent le lion et le renard pour symboliser l’idée force et l’intelligence philosophique de la formation dispensée à l’institut.
Le renard d'abord: Il est en philosophie politique un personnage important. Il est rusé, malin. Il est à la fois la Pensée qui va animer le cœur des pouvoirs et des politiques; il est aussi  la froide Raison qui sait et qui, surtout subjective n'est pas manifestée: le culte du secret. Elle sait, cette raison, mais ne possède pas le moyen de faire mouvoir et bousculer les lignes dans les luttes et combats politiques. Un tel animal, surtout lorsqu’il est politiquement humain est secret, et redoutable. On ne sait presque rien des mœurs spécifiques au renard animal et, lorsqu'il est un politique, c'est encore énigmatique. Il est alors difficile de traiter de cette espèce d’animale politique dont on ne sait que fort peu de choses de sa biologie : politiquement parlant. Y a-t-il, d'ailleurs, une biologie des femmes et hommes politiques (Animal politique) ?
Comme les animaux politiques sont souvent tenus en captivités dans les cercles des pouvoirs, les observateurs perspicaces ou chanceux, peuvent tenter de les comprendre en observant leurs gestes et faits, les actes qu‘ils posent et bien entendu, sans les connaître plus intimement, d’où l’intérêt de l‘analyse philosophique des mouvements et actes politiques posés.
C’est dire que le renard politique a pour principes d’être rusé, malin. Il sait être la source de l’idéologie, de l’utopie qui animent les pouvoirs; il sait tirer les ficelles de la vie politique qu’il connaît et analyse avec la froideur qui rompt les résistances, broie les obstacles, le tout parfois dans le secret mais avec la rudesse qui sied et seuls le poids de l'objet ou la situation politique à acquérir et son importance dans son protocole de domination importent. Il lui faut, pour mobiliser et bouger les lignes et les foules, la force du lion.
Ensuite, le lion : La philosophie du Lion est autre. Le lion n'est pas moins malin. Quand il chasse, il a une stratégie. Une fois la décision d'attaquer prise, il y met la vitesse et la force d'exécution nécessaires. Le « lion animal », majestueux, grand, hardi, est d'une beauté rude, et féroce à la défense. Mais, il sait aussi être tendre avec son petit monde et loyal envers ses compagnons. Personne n'a vraiment envie d'être trop près de lui. Il fait partie des quatre types de fauves qui émettent de rugissements (avertissements) assourdissants (pour les animaux) ou assommants (pour les citoyens).
Le lion politique, à sa manière, rugit. Il puise sa force de la nature du pouvoir ou des pouvoirs qui régissent le pays depuis le temps de l’émergence de la Nation. Les Camerounais attachent depuis toujours des valeurs positives aux éléments naturels et pour eux le Lion, l’animal solaire par excellence, représente la réincarnation active du courage et de la bravoure. Il est la personnification de l'État. Regardez le Cameroun : Le pays des « Lions indomptables  »; analysez le terme « Homme lion du Cameroun », pour comprendre l’importance du chef de l’État dans la société camerounaise et pour «les lions», sa population. Alors, la gouvernance y prend une tournure majestueuse et gouverner un sens aigu. Gouverner y signifie aussi conserver son habitat (pouvoir ou territoire), des proies, ou tous les domaines de vie de l’État. C’est aussi rendre durable la coexistence entre le privé et le pouvoir et minimiser (Réduire) les facteurs pouvant diminuer la viabilité des populations et des ressources. Elle, la gouvernance, est ainsi un comportement de chef de famille. Mais, elle peut devenir prédatrice.
La gouvernance prédatrice en effet, cajole la force; pas forcement la force physique bien que ce soit le cas pour le lion, mais aussi la force philosophique des pouvoirs, des stratégies pour les pouvoirs, la force pour y être toujours, pour ne pas dire pour toujours ; la force diplomatique pour renforcer ses intérêts avec l’étranger. La force, voit-on, est là pour donner à la ruse, à la malignité du Renard politique sa pertinence, son efficacité, la visibilité de l’action des pouvoirs qui peuvent, comme vous l’écrivez, devenir machiavéliques pour bien nuire au peuple souverain.
C’est pourquoi dans le monde du lion, il faut regarder qui fait quoi, comment et pour quoi. Le rôle des mâles (Les chefs) est de protéger la troupe contre les ambitions des étrangers (Ces mâles ou maux qui viennent chercher aventure). Le mâle n'est pas paresseux, du moins selon les règles de la société des lions. Sa crinière « politique et son gros volume » font de lui plus un défenseur qu'un chasseur ; ce qui fait la bonhomie du pouvoir et fait penser à la coexistence pacifique. Et si en certaines occasions, le Lion soit obligé de charger les proies ou les intrus, c’est pour les éloigner des groupes de femelles cachées qui forment tout aussi ses  intérêts et butins.
A l’heure du partage du butin justement, peu importe lequel a tué la proie en premier. C'est toujours le mâle (le chef) qui commence à se servir, suivi par les femelles, et enfin les plus jeunes (l’ordre et la bienséance est toujours respecté). Le Bon Prince, en politiquement rusé, voudra en face de l'Etranger que son pays soit servi en premier et à l'intérieur, commencer par servir son peuple. On peut par curiosité vérifier sur la scène politique si ce principe est respecté. Dans la jungle, les lions sont les seuls fauves pour lesquels le mâle et la femelle vivent ensemble tout au long de l'année (grande fidélité au peuple et au pouvoir). C’est valable pour les politiques. Dans la troupe (qui peut être le parti et ses militants) les mères (gestionnaires fort distingués) partagent les soins aux jeunes (en prennent soin en prévision de l’avenir), renforçant ainsi les liens qui assurent la cohérence de la troupe. Les lions savent vivre en groupes et dans une hiérarchie sociale ordonnée (et protégée).
Courtois, les lions se disent bonjour (Comme les chefs à la nation) en se frottant les joues et se disent au revoir en se mordillant l'estomac (comme pour vérifier le parfait bonheur). Regardez le monde politique. Ils savent être bruyants (Quand ils ou leurs intérêts sont menacés) et se faire entendre. Le rugissement peut être entendu jusqu'à huit kilomètres de distance pour le politique les ondes sont là pour cela et le coup de canon pour rappeler à l’ordre).
Or donc, un prince lorsqu’il est « lion et renard » n’est pas à priori condamnable. C’est lorsque sa force et sa ruse desservent les intérêts de la nation que sa conception philosophique du pouvoir et du service au peuple souverain deviennent nuisibles et condamnables. Mais, comment faire entendre à un fauve qu’il abuse de sa force et au renard d’arrêter de ruser s’il n’y a pas de force de la nature ou la force de la démocratie pour le dire, faire comprendre et l'obliger à s'exécuter?
Une chose est sûre. Le symbole est souvent la synthèse d'un idéal, la perfection à atteindre. Il impose dans certain cas une exigence à agir en ayant foi et en inspirant la foi à l'idéal de ce qu'on fait pour et par justice. La raison est nécessaire et donner à voir une philosophie par un symbole c'est ce que nous montre le Lion et le Renard dans les armoiries de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.
Avec le lion et le renard qui figurent su les armoiries de Sciences-Po Paris, le symbolisme trouve l’une de ses explications dans l’invention d’une philosophie spécifique de l’institut dans la formation de l’homme de gouvernement de la vie et des sociétés. La formation reçue ne définit pas seulement l’homme politique par ses productions et l’étendue de son champ d’activité.  Elle le veut en artiste qui invente, dessine, produit et qui accessoirement, exécute des actes et décisions recouvrant toutes les catégories possibles des situations : De l’embellissement en architecture des formations à l’embellissement d’un cours ou d’une filière de telle sorte que, la création et l'enseignement du savoir gouverner, deviennent fondamentaux dans la capacité de l’homme formé à définir une philosophie politique responsable.
Pour le Cameroun, l'article qui nous a ramené à notre souvenir nous conduit à dire la chose ci-après : Parler de la philosophie politique camerounaise, une création de ses régimes, c’est regarder si le modèle de gouvernance qui la fonde, veille à avoir en elle (dans ses constituants) et dans son application ( ses manières de fonctionner et d’agir), les causes premières qui la justifient (le bien du pays et du peuple), la réalité absolue de la nation, ainsi que les fondements humains, et s’il envisage les problèmes du pays et de la nation sans parti pris et surtout, à leur plus haut degré de généralité.
Si donc "changer le Cameroun par la philosophie" est un projet, n'est-il pas normal de se demander si, pour demain il y a une philosophie qui saurait donner à ce pays un modèle de gouvernement qui ne trahirait pas les civilisations des peuples qui le composent ? Si donc La philosophie en tant que une discipline spéculative n’est pas fondée pour spéculer seulement, mais pour aider les hommes a mieux comprendre les défis que la vie se pose devant eux dans les domaines de l’économie, de la politique et du social pour un développement humain intégral dans la nature, changer le Cameroun par la philosophie suppose que l’on ait une réflexion profonde sur la nécessité de bien exploiter la richesse de la philosophie pour atteindre un développement humain.
Quant à mon souvenir, il me conduit à dire que l'article de "philosophie camerounaise" dressait en quelque sorte le profil de la philosophie politique du Cameroun d'aujourd'hui et, naturellement, vouloir changer ce pays par la philosophie, n'oblige-t-il pas à repenser pour demain, un profil philosophique de la gouvernance où la stratégie "du lion et du renard" aiderait une volonté de bien diriger?

Daniel Tongning
26/03/2012


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